Dans l’Europe des siècles passés, l’Ecole a longtemps été le privilège d’enfants de familles aisées. L’inégalité sociale ne choquait pas, le pauvre n’existait que sous le regard bienveillant de l’Eglise. En 1789, la Révolution française introduit l’instruction pour tous. Mais, il faudra un siècle pour atteindre ce but partiellement, puisque l’enseignement secondaire restait encore réservé aux garçons. Au 20e siècle, l’Ecole pour tous, sans exception, est un acquis. Pourtant, en ce 21e siècle naissant, siècle de la connaissance, l’Union européenne s’alarme d’une régression de l’égalité sociale. Curieusement, l’éducation scolaire, en serait pour partie responsable.
Du 17e au 19e siècle, du Collège des Jésuites à l’Athénée Royal :
l’école de l’élite

L’Athénée de Luxembourg par Bertrand, lithographie de Jobard (1827)
La Réforme protestante sévit dans les Pays-Bas Espagnols (provinces de Belgique, provinces des Pays-Bas et Duché de Luxembourg). En 1603, les Jésuites, défenseurs du catholicisme, s’installent dans le Duché. Dans sa capitale, ils y bâtissent Notre-Dame, l’actuelle cathédrale, et lui annexent un «Collège», où philosophie et langues, religion catholique et idéal humaniste sont enseignés aux garçons de bonne famille. Les filles étaient éduquées au couvent et y apprenaient la religion ainsi qu’un peu de lecture.
En 1773, le Pape supprime l’ordre des Jésuites devenu trop influent. 1795, les Révolutionnaires français prennent possession du Luxembourg et le nomment « Département des Forêts ». Les bâtiments de l’ancien Collège des Jésuites prennent consécutivement le titre d’Ecole Centrale, Ecole Secondaire et Collège Communal jusqu’au Congrès de Vienne (1814-1815). En 1817, sous l’autorité du roi des Pays-Bas et Grand-Duc de Luxembourg Guillaume Ier d’Orange Nassau, le Collège prend solennellement le titre d’Athénée Royal.
Plus d’un siècle d’enseignement « moyen » : de la loi de 1848 à celle de 1968 ou, du gymnasium au lycée pour tous !
Après 9 « années étranges » de 1830 à 1839 partagées avec la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg obtient son indépendance. Guillaume II, le nouveau roi Grand-Duc accorde au Luxembourg sa première loi scolaire, en 1843. Mais, ce n’est qu’avec la loi de 1848 qu’est organisé un gymnase proposant un enseignement supérieur et moyen (actuel enseignement secondaire), avec un grand nombre de leçons de latin et de grec. Elles menaient aux grades de candidats en « sciences physiques et mathématiques » et en « philosophie et lettres ». Un « examen de maturité » sanctionnait les 7 années de cours « supérieur ». Quant à ceux qui se destinaient à « l’art, l’industrie et le commerce », la loi avait prévu l’école industrielle. Celle-ci proposait un « examen de capacité » après 6 années d’études industrielles et commerciales à partir de 1892.L’Athénée à Luxembourg était, en ce temps, le seul établissement du pays offrant toutes les classes du gymnase et de l’école industrielle. Les années 1891 et 1900 voient la fondation des progymnases de Diekirch et Echternach.
En 1892, l’Athénée se scinde en deux : l’école industrielle, séparée du gymnase, devient le Lycée des garçons (actuel LGL).
En 1901, à Esch sur Alzette, s’ouvre une école industrielle pour garçons (l’actuel LGE).
Les langues en question
L’allemand et le français sont les langues du pays. Dès 1850, le règlement général prescrivait un partage égal entre ouvrages scolaires en français et en allemand. Le latin et le grec étaient enseignés au gymnase. L’anglais y est ajouté en 1908 tandis qu’il était enseigné dans l’école industrielle dès 1848.
La loi de 1911 : les filles ont enfin droit à l’enseignement secondaire.
A l’aube du 20e siècle, l’école secondaire luxembourgeoise refusait toujours les filles. Pourtant chez nos voisins, en France comme en Allemagne, elles y avaient accès, même si leur nombre restait limité. Il faudra l’initiative de l’épouse du patron de la sidérurgie luxembourgeoise, Aline Mayrisch de Saint-Hubert, pour que s’ouvre un lycée pour filles. En 1911, le gouvernement complétait la loi de 1848 et créait, à Luxembourg et Esch-sur-Alzette, deux écoles supérieures pour filles. Cependant, la programmation tardive du latin n’en permettait pas sa maîtrise. Or le latin donnait accès aux études universitaires. ,L’enseignement secondaire, qui dénombrait 533 élèves en 1848, en comptait déjà 1590 en 1911 !
Mai 1968 et la loi du 10 mai
« Mai 68 », la révolte des étudiants éclate en France. Elle fait suite aux profonds changements des mentalités d’après-guerre. Les étudiants réclamaient plus de liberté d’expression et l’éclatement des carcans sociaux. Les gouvernements avaient pressenti la nécessité de réformes profondes et, dès la fin des années 50, en étudiaient les principes.
Au Luxembourg, la loi du 10 mai 1968, à l’étude depuis 1959, fait « table rase de la loi de 1848 ». Elle introduit la mixité et réduit le poids de la religion, la remplaçant par la morale laïque. Pour les garçons, les matières classiques telles que le grec et le latin sont allégées, réservées aux meilleurs élèves, tandis que l’anglais s’impose. Un service de psychologie et d’orientation scolaire est introduit. L’enseignement scolaire est gratuit. Les nouvelles sciences sociales, la pédagogie, remettent en cause l’attitude dirigiste de l’enseignant. Mais cette conception plus souple de l’éducation ne convient pas à une partie de la population qui réclame de la rigueur ! «Nous avons été considérés comme des « bafoueurs » de valeurs… A l’époque, la conception la plus répandue était de «dresser» les élèves, plus que de les éduquer ». (témoignage de Monseigneur Di Falco dans « Je crois – moi non plus » 2004 ).
Modifications et adaptations de la loi de 1968
Les lois de 1978, 1979 et 1988 touchent aux arts, à l’instruction religieuse. Depuis les années 80, l’informatique s’infiltre dans les entreprises puis, dans nos foyers. Téléphones portables, Web, jeux vidéo transforment notre vision du monde, celle de nos enfants. L’importante immigration, l’éclatement des structures familiales modifient sensiblement le profil des élèves. Les classes ne sont plus homogènes.
Le 21e siècle est en marche, le système éducatif doit suivre.
La modification de 1989 apporte d’importantes adaptations dans la structure même de la partie supérieure de l’enseignement secondaire. Les lois de 2001 puis 2002 sur la division supérieure de l’enseignement secondaire corrigent le système d’orientation et de spécialisation. Les lois de 2004-2005 portent sur le conseil de classe, les conditions de nomination des directeurs.
Mais les études de l’OCDE et de l’Union européenne sont alarmantes. Au Luxembourg comme dans le reste de l’Europe et au Canada, on constate trop d’échecs scolaires. L’Ecole a perdu de son panache et comme partout ailleurs, elle est redevenue sélective, inégalitaire.



